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Accélérocardiogramme

Déterminer la fréquence cardiaque par les mouvements de la cage thoracique

A chaque battement, le cœur produit de très faibles mouvements du thorax. Ces micro-mouvements sont invisibles à l’œil nu, mais ils peuvent être détectés par des capteurs très sensibles. Les smartphones contiennent justement un accéléromètre capable de mesurer de petites variations d’accélération selon plusieurs directions. En plaçant le smartphone sur la poitrine, il devient possible d’enregistrer les vibrations produites par les battements cardiaques. Cette approche se rapproche d’une méthode appelée ballistocardiographie, utilisée pour étudier les mouvements du corps liés à l’éjection du sang par le cœur. L’activité permet ainsi d’explorer la physiologie cardiaque avec un objet du quotidien. Elle montre aussi qu’un capteur conçu pour détecter des mouvements peut servir à mesurer un phénomène biologique. L’élève découvre enfin qu’un signal expérimental peut contenir plusieurs informations sur le rythme et la régularité des battements.

Résumé : 

L'élève place son smartphone sur sa poitrine et utilise l'accéléromètre pour détecter les mouvements causés par les battements cardiaques. En analysant le graphique obtenu, il identifie la fréquence cardiaque au repos, puis après une activité physique, en utilisant l'accéléromètre de FizziQ.

Niveau :

Auteur : 
Durée : 

5e–3e

FizziQ

30

Objectif pédagogique : 

- Mesurer expérimentalement une fréquence cardiaque à partir d’un signal d’accélération
- Comprendre que les battements du cœur produisent des micro-mouvements mesurables
- Utiliser un accéléromètre comme instrument de mesure scientifique
- Comparer le rythme cardiaque au repos et après un effort physique
- Interpréter un signal périodique et en extraire une information quantitative

Concepts scientifiques :

- Fréquence cardiaque
- Cycle cardiaque
- Systole et diastole
- Accélération
- Signal périodique
- Ballistocardiographie
- Micro-mouvements thoraciques
- Mesure expérimentale

Capteurs :

- Accéléromètre

Matériel :

- Smartphone avec l'application FizziQ (ou une application équivalente comme phyphox permettant l'acquisition des données de l'accéléromètre avec un smartphone)
- Surface plane pour s'allonger

Protocole expérimental :

1. Ouvrir l’application FizziQ.

2. Sélectionner l’instrument Accélération absolue.

3. S’allonger sur le dos sur une surface plane.

4. Poser le smartphone sur la poitrine, au niveau du cœur, en le stabilisant légèrement sans appuyer fortement.

5. Lancer l’enregistrement et rester le plus immobile possible pendant quelques secondes.

6. Respirer calmement, puis, si possible, refaire une mesure en bloquant brièvement la respiration pendant un très court instant pour réduire les mouvements respiratoires.

7. Arrêter l’enregistrement et observer le graphique obtenu.

8. Repérer les oscillations régulières du signal correspondant aux battements cardiaques.

9. Compter le nombre d’oscillations sur une durée connue pour calculer la fréquence cardiaque en battements par minute.

10. Refaire la mesure plusieurs fois pour vérifier la régularité du résultat.

11. Effectuer ensuite un effort physique modéré, par exemple quelques sauts sur place.

12. Reprendre une mesure immédiatement après l’effort et comparer les deux signaux.

13. Noter les observations, les graphiques et les résultats dans le cahier d’expérience.

Résultats attendus

Le graphique d’accélération présente de faibles oscillations répétées dans le temps. Ces oscillations correspondent aux micro-mouvements de la cage thoracique provoqués par l’activité mécanique du cœur. Au repos, la fréquence mesurée est généralement régulière et correspond à un rythme cardiaque modéré. Après un effort physique, les oscillations deviennent plus rapprochées, ce qui traduit une augmentation de la fréquence cardiaque. Le signal peut être perturbé par les mouvements du corps, la respiration ou une mauvaise position du smartphone. Dans certains cas, la forme du signal peut faire apparaître plusieurs pics rapprochés au sein d’un même battement, mais cette observation reste variable selon les conditions expérimentales et la sensibilité du capteur.

Questions scientifiques :

- Pourquoi le smartphone peut-il détecter les battements du cœur alors qu’ils sont presque imperceptibles ?
- Quelle différence existe-t-il entre cette mesure et un électrocardiogramme médical ?
- Pourquoi la respiration perturbe-t-elle le signal enregistré ?
- Comment expliquer l’augmentation de la fréquence cardiaque après un effort ?
- Pourquoi deux mesures successives ne donnent-elles pas exactement le même signal ?
- Peut-on distinguer plusieurs phases du cycle cardiaque dans le graphique obtenu ?

Analyse scientifique

Ce que mesure le smartphone

Lorsque le cœur bat, il produit des vibrations mécaniques qui se transmettent à la paroi thoracique. En posant un smartphone sur la poitrine, l'accéléromètre enregistre ces vibrations. Cette technique s'appelle la sismocardiographie(SCG, pour seismocardiography). Elle a été introduite en milieu clinique en 1991 par Salerno et Zanetti, qui ont adapté des méthodes issues de la sismologie pour enregistrer les vibrations cardiaques depuis la surface du corps.


Le cycle cardiaque vu par l'accéléromètre

Le cycle cardiaque comporte deux phases principales :

  • la systole, pendant laquelle le ventricule se contracte et propulse le sang dans l'aorte ;

  • la diastole, pendant laquelle le cœur se relâche et se remplit de sang.

Ces deux phases impliquent des mouvements mécaniques distincts. La systole produit les vibrations les plus fortes : la contraction du muscle, l'ouverture de la valve aortique et l'accélération du sang créent une impulsion qui se transmet à la paroi thoracique. La fermeture de la valve aortique, à la fin de la systole, produit un second événement mécanique, souvent visible comme un pic séparé sur le graphique.

C'est pourquoi, dans de bonnes conditions de mesure, on peut observer deux pics distincts par battement et non un seul : un pour l'éjection, un pour la fermeture des valves. Cette observation est difficile à obtenir en comptant son pouls au poignet.

En réalité, le signal SCG complet contient encore plus d'informations. Dans la littérature scientifique, on identifie jusqu'à sept événements mécaniques distincts par cycle : fermeture de la valve mitrale (MC), contraction isovolumétrique (IVC), ouverture de la valve aortique (AO), éjection rapide (RE), fermeture de la valve aortique (AC), ouverture de la valve mitrale (MO) et remplissage rapide (RF). En pratique, avec un accéléromètre de smartphone, seuls les événements les plus énergétiques — l'éjection et la fermeture des valves — sont visibles de manière distincte.


Sensibilité de l'accéléromètre

Un accéléromètre de smartphone peut détecter des accélérations inférieures à 0,01 m/s². Les vibrations thoraciques produites par le cœur sont de cet ordre de grandeur — des déplacements de moins d'un millimètre. Le fait que le même capteur utilisé pour détecter la rotation de l'écran ou compter les pas puisse aussi enregistrer un signal cardiaque illustre la sensibilité des capteurs MEMS (Micro-Electro-Mechanical Systems) intégrés dans les appareils actuels.

Cette sensibilité a des limites. Les mouvements du corps, la respiration et la position du smartphone affectent la qualité du signal. C'est pourquoi l'élève doit rester le plus immobile possible pendant l'enregistrement, et pourquoi le signal s'améliore quand la respiration est brièvement suspendue.


Au repos et après l'effort

Au repos, la fréquence cardiaque est généralement comprise entre 60 et 100 battements par minute chez l'adulte (et souvent plus élevée chez l'enfant). Après un effort physique, le cœur accélère pour répondre aux besoins accrus en oxygène des muscles. Sur le graphique, les pics se rapprochent, ce qui traduit directement l'augmentation de la fréquence cardiaque.


Pour aller plus loin : la ballistocardiographie

La sismocardiographie (ce que fait le smartphone dans cette activité) ne doit pas être confondue avec une technique apparentée : la ballistocardiographie (BCG).

La ballistocardiographie mesure non pas les vibrations locales de la cage thoracique, mais le recul du corps entier en réaction à l'éjection du sang. Le principe est celui de la troisième loi de Newton : lorsque le cœur propulse le sang dans l'aorte, le corps se déplace très légèrement dans la direction opposée, par conservation de la quantité de mouvement.

Ce phénomène a été observé pour la première fois en 1877 par Gordon, qui avait remarqué que l'aiguille d'une balance oscillait au rythme du cœur d'une personne debout dessus. Dans les années 1930, Starr a construit les premiers instruments de mesure dédiés, sous forme de tables à plateau mobile.

La BCG ne se mesure pas avec un accéléromètre sur la poitrine. Elle se mesure avec une balance de précision, un lit instrumenté, ou des capteurs de force placés sous les pieds d'une chaise. Aujourd'hui, des balances connectées intègrent cette technologie pour surveiller la santé cardiaque au quotidien, et des expériences de BCG en trois dimensions ont été réalisées en microgravité à bord de la station spatiale MIR et lors de vols paraboliques de l'ESA.

Les deux techniques — SCG et BCG — mesurent des conséquences mécaniques du même phénomène (le battement cardiaque), mais à des échelles et des emplacements différents. Cette distinction est en elle-même un sujet de discussion intéressant en classe : un même événement physique, deux manifestations mesurables, deux méthodes de détection.

Variantes possibles

- Comparer les mesures obtenues en position allongée et en position assise
- Étudier l’influence de la respiration calme, profonde ou bloquée brièvement sur la qualité du signal
- Comparer le rythme cardiaque avant et après différents types d’effort
- Réaliser plusieurs mesures successives pour étudier la régularité du rythme
- Tester différentes orientations du smartphone sur la poitrine pour voir quel axe donne le signal le plus exploitable

Activités et ressources associées

- Photopléthysmographie : Utilise la couleur de ton doigt pour mesurer ton rythme cardiaque.

- Stéthoscope : Etude du rythme cardiaque avec un smartphone transformé en stéthoscope

- Un kilomètre à pied : Utiliser l'accéléromètre pour construire un podomètre

- Respiration musculaire : Mettre en évidence la respiration cellulaire au niveau des cellules musculaires en mesurant les échanges gazeux d'un morceau de viande de bœuf dans une enceinte fermée.

Pour aller plus loin :

  1. Ballistocardiography and Seismocardiography: A Review of Recent Advances. Inan, O. T., Migeotte, P.-F., Park, K.-S., Etemadi, M., Tavakolian, K., Casanella, R., Zanetti, J., Tank, J., Funtova, I., Prisk, G. K., & Di Rienzo, M. (2015). IEEE Journal of Biomedical and Health Informatics, 19(4), 1414–1427.

  2. Pourquoi utilise-t-on la lumière verte pour mesurer la fréquence cardiaque ? Cet article décrit pourquoi la lumière verte est utilisée dans les montres connectées pour mesurer la fréquence cardiaque et le taux d'oxygène

  3. Comment fonctionne l'accéléromètre de mon smartphone ? Cet article fait le point sur le fonctionnement de l'accéléromètre et la différence entre accélartion liénaire et absolue.

  4. Mesurer la fréquence cardiaque avec un smartphone Défi pédagogique de la Fondation La main à la pâte, conçu pour des élèves de quatrième, qui propose d'utiliser l'accéléromètre de FizziQ pour mesurer les vibrations du cœur avant et après le test de Ruffier, en lien direct avec les notions de fréquence et de période au programme.

  5. Heart beat / pulse frequency Protocole pédagogique de l'université de Aix-la-Chapelle décrivant comment utiliser l'accéléromètre d'un smartphone posé sur la poitrine pour visualiser les battements cardiaques et introduire les notions de fréquence et de période.

  6. Teaching physics with phones: A game changer? Article de Physics Today montrant que des étudiants utilisent l'accéléromètre de leur smartphone pour produire des séismocardiogrammes comparables aux électrocardiogrammes traditionnels, avec un retour pédagogique enthousiaste des enseignants.

FAQ

Q: Le graphique obtenu est-il un véritable électrocardiogramme ?
R: Non. Un électrocardiogramme mesure l’activité électrique du cœur, alors qu’ici le smartphone mesure de faibles mouvements mécaniques de la poitrine.

Q: Pourquoi faut-il rester très immobile ?
R: Les battements du cœur produisent un signal faible. Les mouvements du corps ou de la respiration peuvent facilement le masquer.

Q: Pourquoi la fréquence cardiaque augmente-t-elle après l’effort ?
R: Après un effort, les muscles ont besoin de plus d’oxygène. Le cœur accélère donc pour envoyer davantage de sang dans l’organisme.

Q: Peut-on toujours observer plusieurs pics dans un battement ?
R: Pas nécessairement. Cela dépend de la sensibilité du capteur, de la position du smartphone et du niveau de bruit dans la mesure.

Q: Quelle valeur de fréquence cardiaque peut-on attendre au repos ?
R: Au repos, la fréquence cardiaque est souvent comprise entre 60 et 100 battements par minute, avec des valeurs parfois plus basses chez les personnes entraînées.

Q: Quelles sont les limites de cette expérience ?
R: Le signal peut être perturbé par la respiration, les mouvements parasites, la position du smartphone et les différences de sensibilité entre appareils.

➡️ Télécharger cette activité depuis l'application FizziQ (Activités > ➕ > Catalogue d'activités)

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